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Le trauma et le corps

12 mai 2026
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Je me permets de citer dans cet article des passages du livre "Le Trauma et le Corps" de Pat Ogden, Kekuni Minton et Clare Pain. Livre publié aux éditions De Boeck Supérieur s.a en 2021. Car ce livre explique de façon scientifique les effets du traumatisme à long terme. Cet article, loin d'être exhaustif (le livre fait 445 pages) a pour objectif de vous donner déjà des clefs de compréhension . Il se veut avant tout pédagogique éventuellement en soutien d'un travail thérapeutique. Je vous souhaite une bonne lecture. N'hésitez pas à me faire vos commentaires éventuels par émail dans la rubrique contact. Cela m'aidera à enrichir les contenus publiés et j'espère à aider les patients. 

Traumatisme et répétition

Depuis 1889 (Pierre Janet), il a été constaté que les personnes traumatisées ont tendance à répondre aux rappels du passé en mettant automatiquement en place des actions physiques, qui si elles étaient appropriées au moment du traumatisme, ne le sont plus aujourd’hui.


Les découvertes récentes en Neurosciences sur l’activation des sécrétions hormonales, sur l’activation des états émotionnels et/ou sur les réactions physiques face à des données sensorielles (stimuli) ont montré que la plupart des actions et motivations résultent de processus qui échappent à notre conscience.


Cela explique la tendance des personnes traumatisées à réagir à certains stimuli par des réponses irrationnelles car contrôlées par les zones sous corticales (amygdale, l’hypothalamus, etc).


Ces personnes traumatisées peuvent exploser suite à une provocation mineure, se figer lorsqu’elles sont frustrées ou devenir impuissantes face à des défis qui semblent négligeables.

On parle de résidus du passé sur le plan somatique et moteur, c’est-à-dire sur le corps et sur la mise en actions.


Ces symptômes (anxiété, timidité excessive, figement, troubles alimentaires, addiction etc) résultant d’un passé inachevé ont tendance à devenir source de honte et d’embarras pour celles et ceux qui les éprouvent. OR, il faut bien se rappeler et rappeler aux personnes traumatisées que ces comportements symptômes sont des réponses automatiques face à certains stimuli.


L’une des conclusions les plus robustes des études de neuro-imagerie sur les personnes traumatisées est que, sous l’effet du stress, les zones supérieures du cerveau impliquées dans le « fonctionnement exécutif » comme – planifier pour le futur, anticiper les conséquences de ses actes et inhiber les réponses inappropriées – deviennent MOINS actives (source : B. Van der Kolk).

Les adultes traumatisées ont tendance à revenir à des réponses primitives d’auto protection (comme le figement ou l’évitement, la fuite) lorsqu’ils / elles perçoivent certains stimuli comme représentants une menace.


Une fois que les déclencheurs sensoriels liés aux traumatismes antérieurs activent le cerveau émotionnel et ses dispositifs habituels de protection, le système nerveux (nerf sympathique et parasympathique) s’active et interfère avec la fonction d’exécution.


Au risque de me répéter (mais c’est tellement important !), retenez que ;

  • Stimuli / déclencheurs sensoriels ==> activent le traumatisme.
  • Le traumatisme active le cerveau émotionnel et ses réponses habituelles de protection (qui ne sont pourtant plus adaptées pour la situation présente, car le danger n’est plus, ou parce que la personne est devenue adulte et qu’elle a dorénavant la capacité de se défendre).
  • Le traumatisme active le système nerveux (nerf sympathique et parasympathique) qui lui interfère avec la fonction d’exécution ==> les fonctions cérébrales supérieures perdent leur contrôle sur le comportement, provoquant ainsi un comportement régressif.

Le cerveau rationnel ne fonctionne plus correctement. Les individus ont tendance à recourir à des «schémas d’actions fixes ».

C’est bien pour ça qu’on entend souvent « c’est plus fort que moi », « je n’arrive pas à faire autrement », « je sais que ça n’est pas rationnel mais… ». C’est parce qu’à ce moment précis, l’individu perd une partie de ses capacités. 


Contrairement à ce qu’on a pensé pendant longtemps « la tête décide et le corps exécute » ; là c’est le corps qui « décide », qui est agissant.


Il est possible de modifier ces schémas répétitifs nocifs


Mais….mais…mais…bien sûr je ne ferais pas ce métier de thérapeute si cela n’était pas modifiable. La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de modifier ces / ses réactions automatiques. C’est tout l’enjeu de la psychothérapie.

C’est un travail engageant mais tellement indispensable. Le thérapeute / Je suis là pour vous guider, vous accompagner et vous soutenir dans ce travail de transformation. A noter d’ailleurs, qu’il n’est pas toujours nécessaire de connaître les causes racines du traumatisme, celui-ci pouvant parfois être très ancien (stade préverbal où la mémoire est peu accessible). Nous pouvons travailler sur les symptômes sans forcément chercher l’origine ; l’objectif n’étant pas tant de savoir « pourquoi ? » mais surtout de savoir « Comment je peux apprendre à faire autrement ». L’objectif de la thérapie est de transformer l’ici et maintenant.


Enfin, dernière précaution : si vous rencontrez actuellement des difficultés, des situations de détresse, ne restez pas seul(e). Aller chercher de l’aide auprès d’associations ou de thérapeutes. Aller chercher de l'aide / demander de l'aide est un acte de courage, jamais un aveu de faiblesse.


Avec cœur et compassion.

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